Participes passés

L’orthographe du participe passé est, depuis des générations, un fardeau de la grammaire scolaire. Les professeurs ont beau y consacrer d’année en année un nombre important d’heures d’apprentissage, les résultats restent décevants, et ce, même au baccalauréat en Enseignement du français ! Pourquoi ? D’abord en raison de la complexité des procédures. Ensuite, parce que la plupart des finales écrites ne s’entendent pas et que, d’ailleurs, même en cas de terminaison féminine ou plurielle audible, la pratique à l’oral tend à ne plus marquer les accords ou à effectuer des accords contrevenant à la norme.

 

Face à cette situation, plusieurs linguistes ont décidé qu’il était de leur devoir d’intervenir. Leur conviction est qu’une nouvelle logique grammaticale s’installe. Si les Autorités décidaient de la permettre officiellement, non seulement la langue française n’y perdrait rien, mais le temps économisé à l’école pourrait être mis au service d’objectifs plus utiles.

 

Le Conseil international de la langue française (CILF) et l’Association EROFA (Études pour une rationalisation de l’orthographe française aujourd’hui) ont élaboré une motion pour un assouplissement des règles d’accord du participe passé que le Groupe québécois pour la modernisation de la norme du français (GQMNF) approuve.

Voici un extrait et résumé de la motion qui a été soumise aux Autorités gouvernementales et aux Instances de la Francophonie.

 

«Les difficultés de l’accord du participe passé sont notoires. Des enquêtes ont montré que les professeurs de français y consacrent environ quatre-vingts heures de théorie et d’exercices au cours d’une année scolaire ordinaire. Ce ne serait qu’un moindre mal si le succès couronnait l’entreprise. On en est loin. Face aux manquements qui abondent dans les copies d’élèves et dans la bouche ou sous la plume de leurs ainés, des voix réclament d’un peu partout une remédiation.

 

Le CILF et l’Association EROFA soumettent à cet effet aux Autorités gouvernementales et aux Instances de la Francophonie trois propositions :

 

  1. Les participes passés employés sans auxiliaire et les participes passés conjugués avec l’auxiliaire être s’accordent avec le mot ou la suite de mots que l’on trouve à l’aide de la question Qui ou qu’est-ce qui est (n’est pas) [participe passé]?[1]

  2. Les participes passés des verbes pronominaux pourront s’accorder avec le mot ou la suite de mots que l’on trouve à l’aide de la question Qui ou qu’est-ce qui s’est (ne s’est pas) [participe passé] (augmentée des éventuels compléments du verbe)?[2]

  3. Les participes passés conjugués avec l’auxiliaire avoir pourront s’écrire dans tous les cas au masculin singulier.[3]

La première proposition n’entraine aucune modification concrète. La deuxième et la troisième proposition rejoignent des pratiques de plus en plus répandues. Précisons qu’il ne s’agit pas de révoquer la norme officielle, représentative d’un registre de langue soutenu, mais, comme l’usage la transgresse fréquemment, d’ouvrir aux utilisateurs un espace de liberté, qui a d’ailleurs sa logique.»

 

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Commentaires linguistiques:

[1] Le premier point de la proposition 1 ne remet pas en cause le figement optionnel des participes passés à valeur de préposition, d’adverbe ou de phrase condensée: Passé la poterne… = «après». Vous trouverez ci-joint les documents… = «ci-contre». Fini les vacances! = «c’est fini» ou «adieu», etc. Le second point semblerait contredit par des exemples tels que: Il est tombé des hallebardes (question «qu’est-ce qui est tombé?», réponse «des hallebardes»); or, le propre de la tournure impersonnelle – indépendamment de l’auxiliaire être ou avoir – est justement de mettre en lumière l’évènement qu’exprime le verbe plutôt que les participants à l’évènement.

[2] La proposition 2 étend à l’ensemble des verbes pronominaux l’accord des participes passés à pronom morphologiquement ou sémantiquement indispensable (du type Marie s’est absentée ou du type Marie s’est aperçue d’un détail = «a pris conscience»). Beaucoup d’auteurs classiques en usaient déjà ainsi.

[3] La proposition 3 s’inscrit dans le droit fil de la perte d’autonomie des participes passés au sein de formes verbales dont la cohésion ne cesse d’augmenter depuis le Moyen Âge. Quand le poète de Cour Clément Marot préconisait en 1538 l’accord du participe passé avec le substantif «qui va devant», il légitimait indirectement l’absence d’accord avec le substantif postérieur et enclenchait le processus d’invariabilité généralisée.